Parnassius corybas gazeli Praviel, 1936, femelle sur fleur d’arnica. 3 août 2019. Photo : L. Voisin

 

De bonnes nouvelles du petit apollon du Mercantour,

Parnassius corybas Fischer de Waldheim, 1823, ssp. gazeli Praviel 1936

Par Laurent Voisin

(Les photos sont de l’auteur)

 

Un papillon vulnérable

Au préalable, il nous faut rappeler :

• le statut de protection nationale de l’espèce : tout prélèvement ou capture de celle-ci est interdit par la loi.
• que les sites de présence du taxon sont situées dans la Zone Cœur du Parc national du Mercantour : la réglementation de cette zone interdit également toute capture de spécimens (de quelque espèce que ce soit).
• l’espèce est identifiée comme « En danger » sur la Liste rouge des rhopalocères de France métropolitaine (2012) et sur la Liste rouge régionale des papillons de jour de Provence-Alpes-Côte d’Azur (2014).

Pourquoi le 3 août ?

En 2015, après quelques visites dans la haute vallée du Boréon, nous étions très inquiets sur le maintien de cette sous-espèce très localisée. En effet la plante-hôte était toujours abondante sur le site considéré comme abritant la colonie la plus importante de ce taxon. Pourtant aucun imago ni aucune chenille n’étaient observés au cours de plusieurs visites en saison favorable.

Mais quelques spécimens furent signalés depuis 2016 dans la vallée toute proche de la Gordolasque, ce qui a justifié une nouvelle visite en 2019. La date du 3 août a été choisie ; en effet, dans la littérature il est indiqué que Parnassius corybas ssp. gazeli a des émergences en moyenne plus tardives que celles des populations de son proche cousin P. corybas ssp. serenus (dont on observe régulièrement les imagos en Savoie dès mi-juillet à 2200 m d’altitude).

Situation

(Maisons rouges : les refuges)

 

Le site exploré se situe dans le Parc National du Mercantour. La carte ci-dessus recouvre les différentes stations connues historiquement du taxon.

(En rose, les sentiers)

 

La plante-hôte exclusive, l’orpin rose (Rhodiola rosea) est assez facile à trouver autour du lac de barrage de la Fous.

Orpin rose : biotope sur dalles fissurées. 3 août 2019. Photo : L. Voisin
Orpin rose : biotope sur dalles fissurées. 3 août 2019. Photo : L. Voisin
Orpin rose : traces de grignotage par des chenilles (probablement P. corybas gazeli en juillet). 3 août 2019. Photo : L. Voisin

 

Parnassius apollo & P. corybas gazeli

À partir de 9h00 du matin, des Parnassius volent au soleil et butinent surtout les grandes fleurs de composées disponibles : arnica, centaurée, scabieuse, chardons. Grands et petits apollons se côtoient, en abondance comparable (un à trois individus vus simultanément). Les deux espèces ne sont pas faciles à distinguer en vol. Certains grands apollons sont très défraîchis, alors que les petits apollons sont presque tous frais. La tranche d’altitude fréquentée par ce taxon semble assez limitée (du moins sur ce site), comme la présence de la plante-hôte : 2100 à 2300 m.

Femelle de P. apollo défraichie en compagnie d’un mâle de P. corybas gazeli. 3 août 2019. Photo : L. Voisin

 

Une vue de près permet de lever les doutes : les antennes du petit apollon sont très nettement annelées de noir et blanc tandis que celles du grand apollon sont indistinctement gris clair ; voir photos ci-après.

Mâle de P. apollo, altitude 2200 m. 3 août 2019. Photo : L. Voisin
P. corybas gazeli, femelle sur fleur d’arnica. 3 août 2019. Photo : L. Voisin
P. corybas gazeli, femelle sur fleur d’arnica. 3 août 2019. Photo : L. Voisin

 

Chez les mâles de P. corybas gazeli, les taches rouges des ocelles sont de taille variable et parfois très réduites.

P. corybas gazeli, mâle sur aster. 3 août 2019. Photo : L. Voisin
P. corybas gazeli, mâle sur scabieuse. 3 août 2019. Photo : L. Voisin

 

Conclusion

Nous ne savons pas pourquoi la station principale de ce papillon a été désaffectée depuis quelques années. Mais il est rassurant de constater que des stations plus discrètes ont suffi à maintenir la sous-espèce. Le suivi des populations par les agents du Parc National semble attentif et même les gardiens de refuge sont sensibilisés à la pépite qui existe sur ce site très localisé.

 

Bibliographie

Les Parnassius de France, ouvrage collectif de l’ALF paru en 2006, constitue encore la meilleure référence.

http://boutique.lepidofrance.com/18-les-parnassius-de-france.html

 

Remerciements

À Jean-Marc Gayman, pour la mise on line.

 

 

Cet article a 2 commentaires

  1. Bravo Laurent,
    Je suis content que tu aies pu confirmer sa présence.
    Beau reportage.
    Xavier

  2. Joli reportage où l’on reconnait le talent et l’efficacité de découvreur de l’ami Laurent.

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